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Le vignoble est aussi malmené

En Valais, les conditions extrêmes de cet été obligent les vignerons à s’adapter

Les vignerons sont contraints de repenser leur manière de cultiver la vigne. © Keystone-archives
Les vignerons sont contraints de repenser leur manière de cultiver la vigne. © Keystone-archives

Diane Zinsel

Publié le 12.08.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Viticulture » Si les vendanges 2022 se présentent plutôt bien, les conditions climatiques extrêmes qui se succèdent ne simplifient pas la tâche des vigneronnes et vignerons. A terme, il faudra restructurer le vignoble.

En 2017, le vignoble suisse a subi un gel de printemps historique. En 2021, gelées nocturnes en avril et fortes précipitations en été ont favorisé les maladies fongiques tels le mildiou et l’oïdium: la vendange qui en a découlé a été la pire depuis 1957 en quantité (–36%). Certains ont perdu l’entier de leur récolte. Cette année, c’est la canicule qui affecte la période végétative des plantes.

Mais la récolte «se présente bien», assure Yvan Aymon, président de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV). Les vignes sont saines même si elles «souffrent du manque d’eau». Certaines communes ont pu compter sur les bisses qui alimentent les vignobles, mais d’autres, dont les sources se tarissent, ont interdit l’arrosage. «La vigne aime souffrir, mais il y a des limites», ajoute-t-il.

Vendange en août

Le stress hydrique prolongé et les fortes chaleurs affectent la maturation, le taux de sucres et d’acidité ainsi que le rendement. «Le choix du moment de la vendange dépend alors de chacun, de ce qu’il veut produire comme vin», explique Didier Joris, vigneron-œnologue de Chamoson. Lui commencera la récolte de son 46e millésime dès 4 h la semaine prochaine, à une date similaire aux autres années chaudes – 1976, 2000, 2003 – qu’il a vécues, parce qu’il veut «garder une certaine fraîcheur naturelle dans les raisins».

D’une année à l’autre, le vignoble subit des conditions extrêmes et les vignerons doivent s’adapter. Le canton, qui travaille notamment avec Agroscope, a prévu d’investir près de 150 millions sur une dizaine d’années pour accompagner la branche dans sa transition, rappelle Yvan Aymon.

«On va vers des étés plus secs, mais il n’est pas encore clair si les printemps seront plutôt chauds et secs, ou chauds et humides. Nous étudions tous les scénarios. A terme, il faudra repenser l’irrigation d’une partie du vignoble», explique Vivian Zufferey, chercheur en charge de la viticulture au sein d’Agroscope justement.

Depuis une trentaine d’années, ce centre de compétence de la Confédération dans le domaine de la recherche agronomique et agroalimentaire teste sur des domaines répartis dans toute la Suisse des outils ou des techniques utilisables facilement par la viticulture. Vivian Zufferey en est convaincu: pour s’adapter, il faut pouvoir prévoir et pour prévoir, il faut connaître son terrain et l’état de ses plantes.

«L’idéal serait de bien connaître la nature des sols et leur réserve en eau, afin de planter le bon cépage au bon endroit. Il est souhaitable de pouvoir suivre l’état hydrique des vignes afin d’adapter l’irrigation. Il existe aujourd’hui des outils qui permettent de connaître les besoins en eau de la vigne en temps réel», dit-il. La mesure du potentiel hydrique est une méthode déjà utilisée par certains vignerons.

Irrigation goutte à goutte

Agroscope dispose d’un réseau de parcelles «sentinelles» dans toute la Suisse (plus de 120 rien qu’en Valais entre les Evouettes et Stalden). Les résultats de leur suivi pourront être consultables par les viticulteurs «afin de faciliter leurs décisions».

La Confédération est en train de lancer de grands projets pour améliorer l’efficacité de l’utilisation de l’eau notamment en soutenant l’installation de l’irrigation goutte à goutte, plutôt que par aspersion, mais aussi en cherchant des solutions pour ne pas utiliser l’eau potable. «Si des années comme 2022 se multiplient, il faudra pouvoir économiser l’eau», ajoute Vivian Zufferey.

Agroscope a aussi développé sur une vingtaine d’années le Divico. Doté d’une résistance élevée au mildiou et à l’oïdium, «ce cépage rouge d’avenir» a fait ses preuves en 2021, rappelle Didier Joris qui en vinifie. Et cette année, il s’en sort tout aussi bien face à la sécheresse.

Pour sauver le vignoble sur le long terme, José Vouillamoz, généticien de la vigne, observe qu’il serait aussi bon de revenir aux cépages valaisans plus historiques comme l’Heida, l’Amigne, l’Arvine ou encore la Rèze. ATS

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