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Chronique: conduire sur la neige, ce grand moment de fraternité

«Soudain la vie a l’adhérence d’un pneu.» Conduire sous les flocons effraie notre chroniqueuse Angélique Eggenschwiler, mais révèle selon elle chez les automobilistes dont ils sont peu coutumiers par d'autres temps. 

Unis par l’inquiétude, nous nous sentons parfois très proches de ceux qui, comme nous, patinent sur une route enneigée. © Keystone
Unis par l’inquiétude, nous nous sentons parfois très proches de ceux qui, comme nous, patinent sur une route enneigée. © Keystone

Angélique Eggenschwiler

Publié le 10.01.2024

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Les gestes sont nerveux, les changements de rapports prudents tandis que les flocons balafrent à grosses larmes nos pare-brise. On avance doucement, prêt à planter à chaque contour, à distance révérencieuse du véhicule qui nous précède. C’est un étrange ballet qui s’exécute sous nos yeux, une ronde de tôles fébriles évoluant en cadence sur un air aux accents de requiem, L’hiver de Vivaldi. Et pourtant personne ne klaxonne. Trop occupé à rester en vie.

Parce que les ballerines ont la boule au ventre. Peur de mourir là, encadrées dans le poteau ou retournées dans le talus. Le spectre du tête-à-queue irrigue chaque coup de volant tandis que nous roulons au pas sur le sol verglacé de nos angoisses. Un grand moment d’effroi collectif. Un grand moment d’humanité.

© Vincent Murith - archive

Une humanité pelotonnée en masse compacte sous le blanc manteau de l’hiver, reliée par un universel et trivial instinct de survie qui, comme la neige brouillant les lisières de la

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