La Liberté

Le Groupe Saint-Paul réunit ses quatre médias sous un même toit

Le Groupe Saint-Paul réunit ses titres dans une même société. Montée en puissance du numérique

Dès le 1er juillet, les quatre journaux du Groupe Saint-Paul seront réunis au sein de St-Paul Médias SA. © Charly Rappo
Dès le 1er juillet, les quatre journaux du Groupe Saint-Paul seront réunis au sein de St-Paul Médias SA. © Charly Rappo

Thibaud Guisan

Publié le 21.06.2023

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Economie » Cette étape fera date dans l’histoire d’un groupe de presse fribourgeois plus que centenaire. Le Groupe Saint-Paul, éditeur de La Liberté, s’apprête à réunir tous ses titres au sein d’une même société. Concrètement, dès le 1er juillet, La Liberté, La Gruyère, La Broye Hebdo et Le Messager seront regroupés au sein de St-Paul Médias SA. L’opération résulte d’une fusion des trois sociétés qui éditaient les différents titres.

Dans un communiqué, le groupe précise: «Ce regroupement répond en premier lieu à la volonté d’optimiser les synergies entre les médias du Groupe Saint-Paul et de nouer des collaborations éditoriales entre eux. Chaque titre conserve son indépendance rédactionnelle, son positionnement et ses valeurs. Les quatre médias gardent par ailleurs leur rédaction en chef et des locaux distincts.» En plus des quatre titres du groupe, la nouvelle société regroupe les équipes marketing et communication en charge des marchés lecteurs et publicitaire. Soit un total de 190 collaborateurs.

Investissements prévus

L’union des forces doit permettre de développer des projets communs. Le groupe annonce des investissements de 1,6 million de francs dans le développement d’un nouveau système éditorial. «La raison principale de cette fusion résulte de l’évolution numérique des médias. Nous devons développer des outils et des processus très chers sans revenus additionnels, puisque les recettes publicitaires tendent à diminuer. Cette fusion permet de mutualiser les coûts de développement pour la diffusion sur des supports numériques», relève Martial Pasquier, président du conseil d’administration du Groupe Saint-Paul.

«Le marché est compliqué, mais nous sommes ambitieux»
Serge Gumy

Si les titres s’échangent déjà certains articles depuis quelques mois, ils disposeront dès le 1er juillet d’une rédaction numérique commune. Composée de 11 personnes (8,4 emplois équivalents plein-temps), elle sera pilotée par La Liberté, mais comprendra également des collaborateurs dans les rédactions de La Gruyère et de La Broye Hebdo. Sa mission: alimenter un fil d’informations régionales en continu sur les supports numériques des quatre médias.

En parallèle, un nouveau système éditorial a été développé au sein du département informatique du groupe. Dès la fin août, l’outil sera utilisé par La Liberté et permettra la diffusion des articles d’abord sur internet (web first, dans le jargon). Enfin, les quatre titres disposeront de nouveaux supports numériques (sites internet et applications) dès le début de l’année 2024. «Le renouvellement se fera de manière échelonnée», précise Serge Gumy, directeur de St-Paul Médias SA.

 «La raison principale de cette fusion résulte de l’évolution numérique des médias»
Martial Pasquier

Le contexte est tendu pour les médias suisses. Le Groupe Saint-Paul voit ses recettes publicitaires diminuer. De 16,1 millions de francs en 2019, on est passé à 13,9 millions de francs en 2022, le Covid ayant accéléré la décrue. En 2030, ce poste ne rapportera plus que 10,7 millions de francs, selon des projections présentées en septembre 2021. «En comparaison nationale, nos médias s’en tirent mieux que bien d’autres acteurs. Nos résultats financiers restent positifs. Nous ne nous trouvons pas dans une situation qui nécessite des mesures urgentes. Par contre, il y a une urgence à conquérir un lectorat numérique, un domaine dans lequel nous avons un train de retard», expose Martial Pasquier.

La montée en puissance sur les supports numériques doit générer de nouveaux revenus, aussi bien au niveau des abonnements que dans le domaine publicitaire. «Les investissements consentis doivent permettre de nous doter de moyens pour compenser ce que nous perdons sur le marché traditionnel. Par exemple, La Liberté en version papier connaît une érosion lente et régulière. Le marché est compliqué, mais nous sommes ambitieux. Le groupe a foi dans ses activités de médias. Il croit à une information régionale de qualité, payante et capable de trouver de nouveaux publics», relève Serge Gumy.

Les Sœurs majoritaires

Le Groupe Saint-Paul assure que le développement des canaux numériques ne se fera pas au détriment des éditions papier de ses titres. L’abandon des tirages papier n’est pas à l’ordre du jour. Il n’est pas non plus question de réduire le nombre de titres. «Aujourd’hui, c’est une utopie de penser que les journaux puissent vivre sans le papier. Une part importante du lectorat y tient», analyse Martial Pasquier.

Editeur historique de La Liberté, le Groupe Saint-Paul avait acquis La Gruyère et Le Messager dans les années 1970. La Broye Hebdo a été achetée en 2015. Après la fusion, l’Œuvre des Sœurs de Saint-Paul reste l’actionnaire majoritaire de St-Paul Médias SA. Présente dans le capital-actions de La Liberté depuis 2015, la société Sofripa (détenue à parts égales par la Banque cantonale de Fribourg et Groupe E) devient actionnaire minoritaire de St-Paul Médias SA.

«Les Sœurs sont prêtes à vendre une part du capital sous réserve que les nouveaux actionnaires poursuivent les valeurs des titres, que le centre de décision reste fribourgeois et que l’indépendance du groupe soit garantie. Toutefois, les Sœurs et Sofripa ont émis le souhait de conserver ensemble la majorité de 66% des parts», informe Martial Pasquier, en indiquant qu’il n’y a pas de contact en cours avec de potentiels investisseurs.

«C’est une utopie de penser que les journaux puissent vivre sans le papier»
Martial Pasquier

Un soutien politique est également espéré, malgré le rejet en 2022 du train de mesures fédéral en faveur des médias (le projet avait été accepté dans le canton de Fribourg). Deux tables rondes ont été organisées par le conseiller d’Etat Olivier Curty avec les représentants des médias fribourgeois (le Groupe Saint-Paul, les Freiburger Nachrichten, RadioFr. et La Télé). «En début d’année, nous avons transmis un catalogue de mesures concrètes. C’est au Conseil d’Etat de statuer sur le document que nous avons produit», note Serge Gumy.

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